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EnerVenue industrialise une batterie nickel-hydrogène sans lithium

EnerVenue industrialise une batterie nickel-hydrogène sans lithium. Voici son fonctionnement, ses promesses, sa production et ses limites actuelles.

EnerVenue industrialise une batterie nickel-hydrogène sans lithium

Les batteries nickel-hydrogène ont accumulé des décennies d’expérience dans l’espace, notamment à bord de satellites. Leur coût et leur encombrement les ont toutefois longtemps éloignées des réseaux électriques terrestres.

EnerVenue tente maintenant de changer d’échelle. L’entreprise américaine a démarré le 24 septembre 2026 une ligne de production à Changzhou, en Chine, destinée à fabriquer ses cellules aqueuses nickel-hydrogène pour le stockage stationnaire.

Ce passage à la fabrication industrielle est concret. Il ne démontre toutefois pas encore que la technologie atteindra sa durée de vie, son prix ou son rendement promis dans de grands projets commerciaux.

Une ancienne chimie adaptée au stockage terrestre

Une cellule nickel-hydrogène stocke l’énergie au moyen d’une électrode de nickel, d’hydrogène et d’un électrolyte aqueux. Les modèles spatiaux étaient robustes, mais utilisaient des réservoirs sous pression coûteux.

EnerVenue affirme avoir réduit ce coût avec une architecture simplifiée composée notamment d’acier, de nickel, de fibre de verre et d’un électrolyte à base d’eau. Sa cellule de quatrième génération offre une capacité nominale de 3 kWh et ne contient ni lithium ni terres rares, selon le fabricant.

La nouvelle usine utilise des machines conçues spécialement pour cette architecture. Des robots assemblent les électrodes, enroulent la fibre de verre autour des cellules et déplacent les composants entre les postes. Chaque cellule doit subir 41 contrôles répartis sur 11 stations, rapporte EV Charging Magazine.

Une usine de 250 MWh qui doit encore accélérer

La première phase de l’usine possède une capacité nominale de 250 MWh par année, soit environ 300 cellules par jour à pleine cadence. Elle est automatisée à environ 95 % et doit atteindre progressivement son rythme prévu d’ici novembre.

Reuters rapporte qu’EnerVenue souhaite porter sa capacité annuelle à 1 GWh au troisième trimestre de 2027, puis ouvrir d’autres usines à compter de 2028. Ces objectifs ne correspondent pas à une capacité déjà construite.

La production initiale doit alimenter quatre formats : un module de 30 kWh, un bloc de 108 kWh, une armoire de 150 kWh et un conteneur pouvant approcher 1 MWh.

Un premier système de 150 kWh fonctionne depuis novembre 2025 dans une installation de Towngas à Changzhou. Il stocke de l’électricité renouvelable et soutient la recharge d’autobus électriques. Le recul opérationnel demeure donc inférieur à un an pour cette génération.

Trente mille cycles annoncés

EnerVenue revendique une durée nominale de 30 000 cycles complets, avec plus de 80 % de capacité restante, ainsi qu’une durée de conception de 30 ans. Cela pourrait permettre jusqu’à trois cycles quotidiens dans certaines conditions.

L’Energy Rack de 150 kWh affiche toutefois un rendement aller-retour supérieur à 87 % à 25 °C. Une partie de l’électricité est donc perdue à chaque charge et décharge, comme avec toute batterie.

Cette armoire pèse environ 5 000 kg. La technologie cible ainsi les bâtiments, les centres de données, les industries et les réseaux électriques, pas les véhicules où la masse et le volume sont déterminants.

La chimie aqueuse ne suit pas le même mécanisme d’emballement thermique que les batteries lithium-ion. Le fabricant rapporte des essais UL 9540A sans propagation d’incendie au niveau de la cellule. Cela ne dispense pas automatiquement une installation de respecter les codes locaux, d’effectuer une analyse de risque ou d’obtenir ses autorisations.

Des commandes, mais pas encore une longue expérience commerciale

EnerVenue a annoncé une commande de 11 MWh comprenant 26 conteneurs pour un champ pétrolier chinois. Les trois premiers doivent être expédiés en décembre 2026 et les autres en mars 2027. Le client, la puissance de sortie et la date de mise en service n’ont pas été révélés.

Les protocoles d’entente signés avec d’autres entreprises pendant l’ouverture de l’usine indiquent un intérêt commercial, mais ne constituent pas des commandes fermes.

Prix et disponibilité au Canada

EnerVenue ne publie aucun prix par cellule, par kilowattheure ou pour ses quatre systèmes. Les coûts varieront selon la capacité, la puissance, l’onduleur, l’installation, le transport, les certifications, le contrat et la région.

L’entreprise mentionne des projets ou discussions commerciales au Canada, sans identifier de client, d’installation opérationnelle, de distributeur ou de tarif canadien. Il ne faut donc pas présumer que les produits peuvent déjà être commandés et installés partout au pays.

Limites ou points à considérer

Les 30 000 cycles, l’absence d’ajout futur de capacité et les économies sur 30 ans proviennent essentiellement d’EnerVenue ou de simulations citées par l’entreprise. Il manque encore des données indépendantes couvrant plusieurs années et de grands systèmes.

La nouvelle usine devra aussi démontrer son rendement de fabrication, la constance de ses cellules et sa capacité à atteindre 250 MWh. Enfin, le recours au nickel, la fabrication chinoise, le transport et le recyclage possèdent leur propre empreinte environnementale.

Conclusion

L’ouverture de Changzhou fait passer la cellule nickel-hydrogène d’EnerVenue d’une production pilote à une ligne commerciale. Sa longévité annoncée et son électrolyte aqueux pourraient répondre à des besoins que le lithium-ion dessert moins bien.

Le véritable test commence maintenant : produire régulièrement, livrer les premiers projets de plusieurs mégawattheures et publier leurs performances réelles. Tant que ces données ne seront pas disponibles, l’usine constitue une étape industrielle importante, pas encore la preuve d’une batterie supérieure sur tout son cycle de vie.