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Spectrum atteint l’orbite et rapproche les lancements de fusées du Canada

Spectrum atteint l’orbite depuis la Norvège : cette réussite d’Isar Aerospace ouvre une voie européenne et prépare des lancements en Nouvelle-Écosse.

Spectrum atteint l’orbite depuis la Norvège

Une fusée privée conçue en Allemagne vient de placer cinq petits satellites en orbite après avoir décollé de l’Arctique norvégien.

Spectrum, construite par Isar Aerospace, a réussi sa deuxième mission le 5 septembre 2026. C’est le premier lancement commercial orbital réussi depuis l’Europe continentale et un tournant pour une industrie qui souhaite moins dépendre des bases et des entreprises étrangères.

Cette réussite concerne également le Canada : Isar prévoit lancer la même fusée depuis la Nouvelle-Écosse à compter de 2028.

Une orbite atteinte au deuxième essai

La mission « Onward and Upward » a quitté le site d’Andøya, en Norvège, à 22 h 12, heure locale.

Spectrum a franchi la ligne de Kármán, située à 100 km d’altitude, séparé ses deux étages et allumé son moteur supérieur. La fusée a ensuite effectué une manoeuvre de circularisation avant de libérer ses charges utiles.

Isar a confirmé la réussite de ces étapes dans son compte rendu officiel. L’entreprise travaillait toutefois toujours avec ses clients afin de confirmer l’état individuel des satellites.

Le vol constitue un changement spectaculaire par rapport au premier essai de mars 2025. Cette fusée avait perdu le contrôle environ 30 secondes après le décollage avant de retomber et d’exploser dans la mer, sans faire de blessés.

L’enquête avait désigné l’ouverture involontaire d’une soupape et la perte de contrôle d’attitude comme événements déclencheurs. Le deuxième vol a aussi été retardé plusieurs fois par la météo, un bateau entré dans la zone de sécurité, une fuite et des comportements anormaux du circuit des fluides.

Une petite fusée pour des charges ciblées

Spectrum mesure 28 m de haut et 2 m de diamètre. Son premier étage utilise neuf moteurs Aquila, tandis que le deuxième en possède un adapté au vide spatial.

Les moteurs consomment de l’oxygène liquide et du propane liquide. Isar affirme que cette combinaison offre une propulsion relativement performante et propre, mais ses avantages environnementaux complets n’ont pas été comparés indépendamment sur l’ensemble du cycle de production.

La fiche technique du fabricant annonce une capacité maximale de 1 000 kg en orbite terrestre basse ou de 700 kg en orbite héliosynchrone. Cette dernière permet à un satellite d’observer une région sous un éclairage solaire relativement constant.

Spectrum est donc beaucoup plus petite que les fusées utilisées pour les grands satellites ou les missions habitées. Elle vise plutôt les petits satellites institutionnels, commerciaux et militaires, seuls ou regroupés en constellations.

Cinq CubeSats et une expérience

La mission transportait cinq CubeSats provenant d’universités et de jeunes entreprises européennes : CyBEEsat, TriSat-S, Platform 6, FramSat-1 et SpaceTeamSat1.

Une sixième charge, nommée Let It Go, demeurait attachée à la fusée. Cette expérience de Dcubed devait tester une technologie destinée aux futurs mécanismes déployables dans l’espace.

Les charges ont été sélectionnées grâce à un concours de l’agence spatiale allemande financé par le programme Boost! de l’Agence spatiale européenne. L’ESA décrit le vol comme une mission de qualification, et non encore comme un lancement commercial ordinaire.

Selon Space.com, l’étage supérieur avait d’abord rejoint une trajectoire elliptique estimée entre 180 et 500 km d’altitude avant sa circularisation. Les paramètres orbitaux définitifs n’ont pas encore été publiés.

Pourquoi cette réussite compte pour l’Europe

Les fusées européennes Ariane et Vega décollent de la Guyane française, en Amérique du Sud. Plusieurs petits satellites européens utilisent également des lanceurs américains, notamment ceux de SpaceX.

Le vol de Spectrum ne constitue donc pas le premier lancement d’une fusée européenne. Sa particularité est d’avoir rejoint l’orbite depuis l’Europe continentale dans le cadre d’un service commercial privé.

Cette nouvelle option pourrait raccourcir certaines chaînes logistiques et offrir une capacité supplémentaire aux gouvernements ou aux entreprises. Elle ne garantit cependant ni un lancement moins cher ni une disponibilité immédiate.

Reuters souligne que des installations en Suède et au Royaume-Uni préparent également des services orbitaux. La concurrence européenne ne fait donc que commencer.

Une future base en Nouvelle-Écosse

Isar Aerospace a signé une entente avec Maritime Launch Services afin de construire un complexe consacré à Spectrum au Spaceport Nova Scotia, près de Canso.

Les travaux doivent commencer en 2026 et les premiers lancements orbitaux sont visés pour 2028. La position du site permettrait d’atteindre des orbites polaires et fortement inclinées utiles à l’observation terrestre, aux communications et à certaines missions de défense.

L’entente officielle demeure toutefois assortie de conditions, d’échéances d’infrastructure et d’autorisations. Un objectif de 2028 ne constitue pas une date de lancement garantie.

Prix et disponibilité

Isar Aerospace ne publie pas de tarif uniforme pour réserver Spectrum.

Le prix d’une mission pourra varier selon la masse du satellite, l’orbite, le partage ou non de la fusée, l’intégration, le calendrier, les assurances, le site et les services au sol. Aucun tarif canadien fiable n’est disponible.

La réussite du vol ne signifie pas non plus que des lancements commerciaux réguliers peuvent commencer immédiatement. Les fusées suivantes sont en production, mais leur calendrier détaillé n’est pas public.

Limites ou points à considérer

Deux vols, dont un seul a atteint l’orbite, ne suffisent pas pour établir un taux de fiabilité représentatif.

Isar doit maintenant confirmer l’état des cinq satellites, répéter les performances du lanceur et augmenter sa cadence sans compromettre les contrôles de qualité.

Spectrum devra également rivaliser avec les lancements partagés de fusées plus grandes. Ceux-ci peuvent être moins coûteux par kilogramme, même s’ils offrent parfois moins de choix concernant la date ou l’orbite.

Enfin, l’autonomie européenne ou canadienne ne sera réelle que si les infrastructures, les autorisations, les chaînes d’approvisionnement et les équipes peuvent soutenir plusieurs missions par année.

Conclusion

En atteignant l’orbite et en déployant ses premières charges utiles, Spectrum franchit l’étape qui sépare un projet prometteur d’un véritable lanceur orbital.

La mission offre à l’Europe une nouvelle voie vers l’espace et donne davantage de crédibilité au futur complexe de Canso.

La prochaine épreuve sera moins spectaculaire, mais tout aussi importante : transformer cette réussite unique en service fiable, régulier et financièrement concurrentiel.