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C25 : le nouveau fusil de service des Forces armées canadiennes

La C25 remplacera les C7 et C8 des Forces armées canadiennes. Voici ses caractéristiques, son coût, son déploiement et les limites du programme.

Après plus de 35 ans de service, les fusils C7 et les carabines C8 des Forces armées canadiennes commencent à céder leur place à une nouvelle génération. Leur successeur destiné à l’usage général porte désormais un nom : C25.

Fabriquée à Kitchener, en Ontario, par Colt Canada, cette carabine de calibre 5,56 mm OTAN conserve l’architecture générale de la famille C7/C8, mais la modernise en profondeur. Elle reçoit notamment des commandes ambidextres, une lunette à grossissement variable, un canon plus court, un garde-main modulaire et un dispositif destiné à réduire le bruit et la signature visuelle du tir.

Le gouvernement fédéral a attribué le contrat à Colt Canada le 19 mars 2026 dans le cadre du projet de fusil d’assaut modulaire canadien, connu en anglais sous l’acronyme CMAR. Ottawa prévoit d’abord acheter 30 000 C25 sur trois ans, pour une valeur estimée à 307 millions de dollars, taxes comprises.

Une évolution du C7 et du C8

La C25 n’est pas une rupture complète avec les armes canadiennes actuelles. Elle descend directement de la plateforme C7/C8, elle-même dérivée de la famille américaine AR-15 et M16. Ce choix permet aux Forces armées de conserver une mécanique connue, le calibre 5,56 × 45 mm OTAN et les chargeurs normalisés de 30 cartouches, tout en intégrant les améliorations accumulées depuis les années 1980.

Selon la fiche technique de Colt Canada, la C25 possède un canon de 13,7 pouces, soit 348 mm, forgé à froid et chromé. Sa longueur totale varie de 813 à 895 mm selon la position de la crosse télescopique. Son poids à vide est annoncé à 3,45 kg avec le dispositif de bouche, mais sans lunette, support, chargeur ni accessoires. Le poids réellement porté par un militaire sera donc supérieur.

L’arme fonctionne par emprunt direct des gaz et peut tirer en mode semi-automatique ou automatique. Sa vitesse initiale annoncée atteint 841 m/s, une valeur qui dépend nécessairement de la munition et des conditions d’essai.

Une arme réellement ambidextre

L’une des améliorations les plus visibles concerne l’ergonomie. Le sélecteur de tir, le bouton de chargeur et la commande de retenue de culasse peuvent être actionnés des deux côtés. Un militaire gaucher n’a donc plus à adapter autant ses mouvements à une arme principalement pensée pour un droitier.

La C25 adopte aussi une détente à deux temps. Cette conception fournit une première course contrôlée, suivie d’un point de rupture plus net, afin d’améliorer la constance du tir sous stress. Le boîtier supérieur monobloc comporte un rail OTAN sur toute sa longueur et cinq emplacements M-LOK permettant de fixer une lampe, un désignateur ou d’autres accessoires sans multiplier les adaptateurs.

La crosse Magpul DT est réglable et la poignée est une ERGO 2 AR SureGrip. Ces composants ne transforment pas à eux seuls les performances balistiques, mais ils facilitent l’ajustement de l’arme à des militaires de tailles différentes, portant ou non un gilet pare-balles épais.

Une lunette 1–6× fournie avec le système

La C25 doit être équipée d’une lunette à faible grossissement variable Colt Optics 1–6×. À 1×, elle peut servir aux engagements rapprochés avec un champ de vision large. À 6×, elle aide à identifier et viser une cible plus éloignée.

Cette polyvalence représente une différence importante par rapport à un simple viseur fixe. Elle ajoute toutefois du poids, augmente le nombre de pièces à entretenir et exige une formation appropriée. La capacité théorique d’une optique ne garantit pas, à elle seule, une meilleure efficacité : le réglage, la qualité du support, la robustesse et l’entraînement demeurent déterminants.

À l’extrémité du canon se trouve un dispositif de bouche multifonction de Millbrook Strategic Sciences. Fabriqué par impression métallique tridimensionnelle, il combine plusieurs fonctions afin de réduire la flamme, le recul ressenti et la signature sonore.

Il ne rend pas le tir silencieux. Même avec une réduction acoustique, une arme de ce calibre demeure dangereusement bruyante et nécessite une protection auditive lorsque la situation le permet.

C25 et C26 : deux armes pour deux rôles

Le programme CMAR ne comprend pas une seule configuration. La C25, dite General Service ou GS, est destinée à une utilisation étendue dans l’ensemble des Forces armées canadiennes, notamment par le personnel dont le combat terrestre n’est pas la fonction principale.

La C26, dite Full Spectrum ou FS, vise plutôt les unités d’infanterie régulière et les rôles de combat de première ligne. Les exemplaires présentés publiquement possèdent un canon de 15,7 pouces, sept emplacements M-LOK et une optique variable 1–10×.

Cette configuration était encore décrite comme étant en développement final au printemps 2026; il faut donc éviter de lui attribuer toutes les caractéristiques définitives de la C25.

Le contrat fédéral peut couvrir jusqu’à 65 402 systèmes :

  • 49 207 C25 de service général;
  • 16 195 C26 destinées aux rôles de combat de première ligne.

La première phase ferme porte sur 30 000 fusils de service général. Une seconde phase optionnelle, prévue à partir de la quatrième année, permettrait d’acquérir les 19 207 C25 restantes, les 16 195 C26 et leurs équipements connexes.

Un contrat de 307 millions, pas un fusil à 10 000 dollars

Diviser simplement 307 millions de dollars par 30 000 donne un peu plus de 10 200 dollars par système. Ce résultat ne doit toutefois pas être présenté comme le prix unitaire de la carabine seule.

Le gouvernement parle de systèmes d’armes et précise que le projet inclut des accessoires, de l’intégration, du soutien technique et de l’ingénierie. Le montant comprend également les taxes applicables.

Colt Canada s’est engagée à fournir au moins 80 % de contenu canadien. Ottawa estime que le contrat ajoutera environ 10 millions de dollars par année au produit intérieur brut pendant cinq ans. Les munitions associées au programme doivent elles aussi être produites au Canada.

Selon La Presse canadienne, les premières livraisons sont attendues au début de 2027. Le remplacement complet ne sera pas instantané : les C7 et C8 continueront vraisemblablement de servir pendant la production, la distribution des nouvelles armes, la formation des militaires et l’adaptation du soutien logistique.

Une modernisation nécessaire, mais encore à démontrer sur le terrain

Sur papier, la C25 corrige plusieurs limites d’une flotte conçue il y a plus de quatre décennies. Elle est plus compacte que la C7, adaptable, ambidextre et livrée comme un ensemble comprenant une optique moderne et un dispositif de réduction de signature.

Sa véritable valeur se mesurera cependant dans la durée. La fiabilité par froid extrême, la résistance de l’optique, l’encrassement avec le dispositif de bouche, le poids complet, la facilité d’entretien et la disponibilité des pièces devront être évalués pendant un emploi soutenu.

Les données publiques ne permettent pas encore de comparer son taux de défaillance ou son coût de cycle de vie à ceux des C7A2 et C8A3.

Conclusion

La C25 marque une modernisation importante plutôt qu’une révolution mécanique. Le Canada demeure fidèle à une plateforme fabriquée au pays et connue de ses militaires, mais l’adapte aux réalités actuelles : combat avec optiques variables, accessoires électroniques, équipements de protection plus volumineux et réduction des signatures.

Le programme présente aussi un intérêt industriel évident, puisque la production, une grande partie du contenu et les munitions doivent provenir du Canada.

Reste maintenant l’épreuve la plus importante : vérifier si cette nouvelle carabine tient ses promesses lorsqu’elle quitte le kiosque d’exposition pour affronter l’entraînement intensif, l’hiver canadien et les opérations réelles.